Profitons de la Journée Internationale des Femmes et Filles de Science pour mettre en avant le témoignage de l’une des chercheuses de l’IHU, Maryam Tidjani Alou.

>> Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de vos recherches ?


Maryam Tidjani : Après une licence en Biologie Cellulaire et Physiologie et un master recherche en Nutrition Humaine et Santé de l’université de Bordeaux, j’ai fait mon doctorat en Pathologie Humaine à l’URMITE entre 2013 et 2016, période durant laquelle je me suis spécialisée dans l’application de la culturomics à la caractérisation de la dysbiose intestinale des enfants atteints de malnutrition aigüe sévère. Après des expériences postdoctorales à l’institut Gustave Roussy puis à l’unité MEPHI, j’ai rejoint la fondation Méditerranée Infection en tant que chercheuse et responsable de la plateforme de culturomics en 2022.

Mes recherches se concentrent sur le lien entre microbiome et malnutrition aigüe sévère, et plus particulièrement l’impact du microbiote du lait maternel dans la mise en place de la dysbiose intestinale infantile et sur l’identification de potentiels probiotiques, adaptés au contexte de la malnutrition aiguë sévère. En ce moment, je m’intéresse particulièrement au microbiote du lait maternel et à son impact sur la santé infantile. Par ailleurs, je m’intéresse aussi à l’approche de culturomics appliquée au microbiote humain et à l’expansion de la diversité bactérienne connue de ce dernier.

 

>> Comment vous est venu cet intérêt pour la recherche médicale ?


Maryam Tidjani : Je trouve les bactéries passionnantes. L’étude du microbiote humain était donc une aubaine pour nourrir cette passion pendant toute une vie. Découvrir l’impact du microbiote sur notre santé et particulièrement sur la santé infantile a déterminé mon choix de poursuivre une carrière dans la recherche médicale. L’approche culturomics permet de révéler de nombreuses facettes de ce microbiote et génère des souches disponibles à la caractérisation et utilisables pour élucider les mécanismes sous-jacents. Aujourd’hui, responsable de la plateforme de culturomics à l’IHU Méditerranée Infection, je continue d’explorer ces écosystèmes microbiens complexes, notamment dans le microbiome fécal infantile ainsi que du lait maternel dans le contexte de la malnutrition aiguë sévère, en collaboration étroite avec des équipes en Afrique où ces questions représentent des enjeux de santé publique majeurs.

 

>> S’il y en a, quels sont les modèles féminins qui vous ont inspiré et qui vous inspirent encore aujourd’hui ?


Maryam Tidjani : Mon premier modèle féminin est sans conteste ma mère, Antoinette Tidjani Alou. Professeure de littérature française et comparée à l’Université Abdou Moumouni à Niamey, elle a tracé un parcours remarquable entre la Jamaïque où elle est née, la France où elle a étudié, et le Niger où elle vit et travaille depuis plus de vingt-cinq ans. Ce qui m’inspire profondément chez elle, c’est sa capacité à allier vie familiale, excellence académique et engagement humain. Elle a créé le premier programme d’Arts et Culture à son université, ouvrant des voies qui n’existaient pas pour les jeunes générations. Elle m’a appris qu’on peut être à la fois rigoureuse dans sa discipline et profondément engagée pour faire avancer les choses là où on se trouve.

>> Avez-vous une actualité à nous partager ?


Maryam Tidjani : Oui, plusieurs ! Nous préparons un projet de grande envergure, MILKAFRICA qui a pour but de déterminer l’impact du régime alimentaire et des caractéristiques socio-démographiques sur la composition du microbiote du lait maternel et l’impact de ce dernier sur la santé infantile dans une cohorte composée de neuf pays du pourtour méditerranéen. Je prépare actuellement mon Habilitation à Diriger des Recherches, ce qui est une étape importante pour structurer mes perspectives de recherche. En plus de mes activités de recherche, j’appartiens à l’association des alumni de l’IHU (AMIIHU) qui vise à renforcer les liens entre membres anciens et récents de l’IHU par diverses activités. Rejoignez-nous !

 

>> Que diriez-vous à toutes celles qui n’osent pas se lancer ?


Maryam Tidjani : La recherche est exigeante, c’est vrai, mais elle est aussi profondément gratifiante. Mon conseil : ne sous-estimez pas votre légitimité et surtout poursuivez vos passions ! Posez les questions qui vous passionnent vraiment, même si elles semblent complexes ou ambitieuses. Construisez un réseau solide de collaborateurs et n’hésitez pas à chercher du mentorat.

Aux femmes et filles en particulier : poursuivez vos passions en dépit de la société, vos rêves comptent !

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