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L'institut

Innovation et excellence

Le Vieux-Port

Marseille, histoire et excellence

Marseille, en raison de ses caractéristiques géographiques et démographiques, a toujours été une terre de passage pour les migrants venus des régions avoisinantes de la Méditerranée et le continent africain. Fondée par les Grecs venus de Phocée (aujourd'hui une ville turque sans les environs d'Izmir), elle est la plus ancienne ville de France et reste un port important pour le Sud. Sur le plan démographique, la population de Marseille est naturellement liée aux tropiques. Chaque année environ 150 cas de paludisme sont recensés chez des résidents de Marseille, de retour de leurs pays d'origine après de courts séjours. La position géographique de Marseille et ses comportements démographiques expliquent son exposition particulière aux agents contagieux.

L’Histoire compte trois épidémies de peste qui sont parties de la ville : le premier foyer est apparu entre 1347 et 1353 ; le deuxième en 1580 et le dernier, le plus meurtrier, en 1720. Le dernier foyer a décimé la ville et s’est propagé à toute la Provence, tuant entre 90 000 et 120 000 personnes sur une population d'environ 400 000 habitants. Ces épidémies ont fortement marqué l'histoire de la ville, et sont à l’origine des établissements de soins, de diagnostique, de recherche et d'enseignement sur les maladies infectieuses dans la ville et son environnement immédiat. Marseille a cependant connu une évolution historique unique, et son détachement de la royauté française a empêché la création de structures universitaires qui auraient permis un meilleur développement des écoles de médecine. Cependant, la médecine y a toujours été pratiquée à un très haut niveau, comme en témoigne la création de l'Internat des Hôpitaux de Marseille par Bonaparte qui a immédiatement suivi la création de l'Internat des Hôpitaux de Paris. Cela a créé un abîme entre une pratique médicale reconnue pour son excellence et l'absence d'institutions formelles pour son enseignement. 

Finalement, une école de médecine a été créée à Marseille au cours du XIXe siècle issue de la vocation « coloniale » de la ville. En 1905, pour des raisons géographiques et historiques, l'armée française a établi sa formation, son savoir-faire et ses laboratoires de recherche en médecine tropicale au Pharo.


Où nous en sommes

Au cours des 15 dernières années, avec plus de 400 publications par an dans des revues scientifiques internationales sur des études essentiellement axées sur la microbiologie clinique et les maladies infectieuses, Marseille est devenue un lieu majeur de la recherche en maladies infectieuses. Ses équipes de recherche ont apporté des contributions primordiales dans les domaines des zoonoses et des maladies à transmission vectorielle, sur les nouveaux agents infectieux, les agents de bioterrorisme, la génomique des agents pathogènes humains, l'immunologie contre les maladies infectieuses, et la biologie structurale des agents infectieux. 

Le Centre Hospitalo-Universitaire (CHU) de Marseille a créé le plus grand laboratoire français de microbiologie, le premier laboratoire civil pour la détection des agents de bioterrorisme, et la première unité hospitalière avec un niveau 3 de sécurité. Au sein de l'hôpital et de la Faculté de Médecine, une infrastructure de recherche translationnelle a été développée, de l’observation des patients à la recherche fondamentale, pour étudier les agents infectieux et permettre l'identification de nouveaux microorganismes.

Une unité de pathologie des maladies infectieuses a également été créée. Par conséquent, plus de 90 nouveaux agents pathogènes humains ont été initialement décrits ou cultivés à Marseille. Cela comprend la plus courante des rickettsioses qui sont transmises par les tiques (Raoult D. et al. 2001 N Engl J Med 344,1504-10), le plus grand virus connu sur la terre (Raoult D. et al. 2004 Science 306,1344-50) et l'agent de la maladie de Whipple (Raoult D. et al. 2000 N Engl J Med 342,620-25).


Où nous allons

Suite au rapport sur le bioterrorisme en 2003, nous nous sommes concentrés sur trois points clés. Tout d'abord, l'organisation des soins pour traiter le risque des maladies émergentes hautement contagieuses. Cela nous a conduits à mettre en place sept lits dans un établissement NSB3 et évaluer leur fonctionnalité. Grâce à cette expérience, nous savons maintenant comment installer ce type d'équipement. Nous avons également mis en place, pour la première fois en France, un système de diagnostic des agents pathogènes émergents disponible 24 h/24, tous les jours de l’année. Ces deux éléments nous ont permis de développer une stratégie de gestion tout à fait unique de la pandémie de grippe H1N1; nous avons mis en place un Point-of-Care (POC) dans deux grands hôpitaux, y compris l'hôpital de référence pour les maladies infectieuses, et nous avons testé plus de 12 000 échantillons en provenance du Sud de la France, dont plus de 2000 étaient positifs. En outre, nous avons montré que le risque de transmission secondaire était beaucoup plus faible au sein d’un département de maladies infectieuses que dans tous les autres services d'un hôpital adulte et que les services d'urgence n’étaient pas préparés à ce type de situation. Enfin, un nouveau processus de désinfection des mains par aérosol à alcool a été inventé et mis en œuvre à Marseille ; il a maintenant été étendu à tous les services hospitaliers avec un succès considérable. La mise en œuvre des procédures énumérées ci-dessus nous ont amenés à observer une diminution spectaculaire de la multi-résistance des infections par Staphylococcus aureus en France. Ainsi, notre engagement au cours des 10 dernières années pour l'amélioration de l'organisation des soins pour les patients souffrant de maladies contagieuses a donné des résultats visibles.

La standardisation des protocoles est le deuxième grand objectif sur lequel nous nous sommes concentrés. Cela nous a permis de publier la série la plus efficace sur le traitement de l'endocardite. En outre, nous sommes parmi les quelques centres accrédités en France pour la gestion des infections ostéo-articulaires.

Les protocoles développés dans le cadre de la fondation de coopération scientifique  Infectiopole Sud et du réseau de soins thématique avec Nice et Nîmes permettront également d'harmoniser la gestion des patients atteints du SIDA. En outre, trois axes de gestion de problèmes de santé spécifiques à Marseille ont été développés localement. La première, en raison d’une grande population de sans-abri à Marseille, nous avons établi un système de gestion pour les infections chez les patients sans-abris. Nous avons également créé un système de gestion de l'infection chez les voyageurs et résidents de la communauté comorienne à Marseille. Enfin, nous avons rassemblé des données socio-comportementales et économiques pour les mettre en parallèle avec des cohortes cliniques.

Le troisième point important est la surveillance épidémiologique, notamment par l’application de protocoles et la mise en place de la recherche clinique. La médecine des voyages et tropicale a toujours été pratiquée et développée à Marseille, et la ville a été récemment reconnue dans ce domaine avec la nomination de P. Parola de Marseille en tant que coordonnateur du CDC européen pour la médecine des voyages. Deux domaines particulièrement reconnus sont la surveillance des maladies émergentes chez les voyageurs et l'analyse des risques d'introduction de maladies tropicales vectorielles en Europe, telles que la dengue ou le chikungunya.


Et aussi, quelques projets en cours :

  • des valises de diagnostic, en partenariat avec la CMA-CGM, spécialement conçues pour les croisières pour établir un diagnostic d’urgence, avec système de validation par SMS en lien direct avec les équipes de l’IHU
  • le développement des points de soins (POC) véritables laboratoires délocalisables, permettant, avec 18m2 et une seule personne, de répondre en 4h aux questions cliniques cruciales pour le patient et son entourage (hospitalisation, isolement, traitement et nature du traitement)
La peste à Marseille par Michel Serre La peste sur le cours Belzunce par Michel Serre

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