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Marseille, un virus géant associé au cancer des ganglions.

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05/08/2016

L’équipe du Professeur RAOULT de l’IHU Méditerranée Infection décrit dans un article paru dans la revue Lancet Infectious Diseases le 1er cas de détection d’un virus géant dans un ganglion d’un patient atteint de lymphome de Hodgkin (cancer des ganglions).

 


            Marseillevirus est un virus géant découvert en 2009 à Marseille dans le laboratoire du Pr Didier Raoult (1). C’est le second virus géant décrit après Mimivirus qui a été découvert par la même équipe en 2003 (2) . A la différence des autres virus, les virus géants, du fait de leur grande taille,  sont visibles au microscope optique et possèdent de très grands génomes, ce qui les rapproche de petites bactéries. Ils sont très communs dans l’environnement, en particulier dans l’eau, ce qui suggère que les êtres humains y très soient exposés. La présence chez l'homme de ces virus géants reste peu explorée et constitue l’un des axes de recherche de ce laboratoire. A ce jour, seul Mimivirus a été associé à des infections pulmonaires. Des anticorps dirigés contre ce virus ont été mis en évidence chez des patients présentant une pneumopathie et plus récemment ce virus a été isolé de prélèvements pulmonaires chez deux patients présentant également ce tableau clinique (3).

 

            Depuis 2012, Marseillevirus a également été isolé chez l’homme dans les selles d’un jeune homme sans symptôme, puis son ADN a été détecté par PCR dans le sang de 4 à 10% des donneurs et receveurs de sang à Marseille (4). De plus, des anticorps dirigés contre Marseillevirus ont été détectés chez 13 à 23% d’entre eux. En 2013, Marseillevirus a été détecté dans le ganglion d’un garçon de 11 mois présentant une infection inexpliquée (5). D'autres études ont alors été menées dans le laboratoire afin d’évaluer le lien entre Marseillevirus et les ganglions. Le virus a  ainsi été trouvé dans le ganglion d'un patient atteint d'une maladie de Hodgkin (cancer des ganglions) par différentes techniques de diagnostic dont la PCR, l’immunohistochimie, l’immunofluorescence et hybridation in situ.


            Les causes des cancers des ganglions ne sont pas entièrement élucidées à ce jour, mais un ensemble d’arguments sont en faveur du rôle étiologique de plusieurs virus et bactéries tels que par exemple le virus d’Epstein barr ou encore la bactérie Helicobacter pylori. Actuellement, le  lien entre les agents infectieux et le cancer des ganglions reste probablement incomplètement décrit, puisque de nouvelles associations sont rapportées, avec notamment la description récente de l’infection par la bactérie Coxiella burnetii comme facteur favorisant le cancer des ganglions, dans un autre travail publié par le même laboratoire (6). Certaines données, parmi lesquelles le fait que la transfusion sanguine pourrait être un facteur de risque de survenue de cancer des ganglions, incitent à considérer l'implication éventuelle de Marseillevirus et autres nouveaux virus transmis par le sang dans la survenue de ce cancer. Bien qu’un lien entre Marseillevirus et le cancer des ganglions ne puisse être établi sur la base de cette seule étude, cette observation ouvre un nouveau champ de recherche sur les agents infectieux auparavant inconnus chez l'homme, par l’utilisation de nouvelles techniques prometteuses pour l’étude du ‘virome’ humain, en particulier la métagénomique. De plus, cette observation incite à poursuivre l’étude plus approfondie et systématique de Marseillevirus pour déterminer sa prévalence dans le cancer des ganglions, et potentiellement d'identifier un lien de causalité. Enfin, cette observation incite à investiguer plus largement le rôle des agents infectieux comme cofacteurs dans le cancer des ganglions.

 

Référence :

 

   1.   Boyer M, Yutin N, Pagnier I, Barrassi L, Fournous G, Espinosa L, et al. Giant Marseillevirus highlights the role of amoebae as a melting pot in emergence of chimeric microorganisms. Proc Natl Acad Sci U S A. 2009;106:21848-53.

   2.   La Scola B, Audic S, Robert C, Jungang L, de L, X, Drancourt M, et al. A giant virus in amoebae. Science. 2003;299:2033.

   3.   Saadi H, Pagnier I, Colson P, Cherif JK, Beji M, Boughalmi M, et al. First isolation of Mimivirus in a patient with pneumonia. Clin Infect Dis. 2013;57:e127-e134.

   4.   Popgeorgiev N, Boyer M, Fancello L, Monteil S, Robert C, Rivet R, et al. Marseillevirus-like virus recovered from blood donated by asymptomatic humans. J Infect Dis. 2013;208:1042-50.

   5.   Popgeorgiev N, Michel G, Lepidi H, Raoult D, Desnues C. Marseillevirus adenitis in an 11-month-old child. J Clin Microbiol. 2013;51:4102-5.

   6.   Melenotte C, Million M, Audoly G, Gorse A, Dutronc H, Roland G, et al. B-cell non-Hodgkin lymphoma linked to Coxiella burnetii. Blood. 2016;127:113-21.

 

Source :

Marseillevirus in lymphoma: a giant in the lymph node. S. Aherfi, P. Colson, G. Audoly, C. Nappez, L. Xerri, A. Valensi, M. Million, H. Lepidi, R. Costello, D. Raoult. Lancet Infectious Diseases, 2016

 

Contact chercheur :


Pr Didier Raoult

IHU Méditerranée Infection

Unité de Recherche sur les Maladies Infectieuses et Tropicales Émergentes (URMITE)

Faculté de Médecine

27 Bd Jean Moulin 13385 MARSEILLE Cedex 05

Tel.: +33 (0)491 324 375

E-mail: didier.raoult@gmail.com 

 


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