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Le biologiste qui pulvérise les fausses peurs.

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20/04/2016, Le Point

 

Désintox. Dans son dernier livre, Didier Raoult démonte nos angoisses en leur opposant une approche scientifique. A bras-le-corps. Spécialiste des virus et bactéries, le professeur Didier Raoult, qui dirige l'IHU Méditerranée infection, à Marseille, a une autre passion, l'haltérophilie.

 

Quand il ne travaille pas sur les virus et les bactéries – 3 000 de ces bestioles sont enfermées dans son laboratoire de haute sécurité à la faculté de la Timone à Marseille – ou qu'il ne chasse pas les poux en Afrique, le patron de l'IHU Méditerranée infection, le plus grand centre de recherche hospitalo-universitaire consacré aux infections, s'adonne à l'écriture. Chroniqueur scientifique pour Le Point et auteur de plusieurs livres coups de poing, Didier Raoult veut, comme il dit, « tordre le cou aux idées reçues ». Son dernier ouvrage révélait les mensonges en santé distillés par les marchands du temple* ; « Arrêtons d'avoir peur ! », qui paraît le 28 avril chez Michel Lafon, s'attaque aux dogmes scientifiques, souvent anxiogènes. « Ce livre n'a pas pour but d'apaiser les angoisses ambiantes en promettant un avenir radieux, soit ici-bas, soit dans un au-delà problématique, ni de fournir des recettes de mieux- être, les religions et les philosophies s'en chargent. Il s'agit ici de considérer les événements avec un esprit scientifique », prévient en préambule le microbiologiste.

« Les microbes les plus dangereux pour l'homme sont aussi les plus vulnérables », explique par exemple le scientifique.

Celui qui figure dans le top 100 des scientifiques les plus influents de la planète met ainsi en pièces nombre de nos certitudes. La « race blanche » ? « Un mythe occidental »au regard de la science. « Quand un mâle et une femelle peuvent s'accoupler en donnant des enfants fertiles, ils appartiennent à la même espèce. »Et le professeur Raoult d'enfoncer le clou. « Les êtres humains appartiennent à une espèce unique mais sont tous des « bâtards”, très mélangés. »Le métissage serait même consubstantiel au développement de l'espèce humaine puisque Homo sapiens, l'homme moderne, est le produit de copulations entre Neandertal et Cro-Magnon. Plus surprenant, nous avons intégré des microbes à notre patrimoine génétique. « Tous les êtres vivants passent leur temps à s'échanger des gènes, par la reproduction sexuelle, mais aussi par les bactéries et les virus. Nos ancêtres, infectés par ces microbes, auraient ainsi conservé la trace des épidémies du passé. »Notre ADN est par conséquent constitué à 8 % de vestiges de gènes transmis par des virus. Même Darwin en prend pour son grade. « La sélection ne fait pas forcément progresser les espèces vers le meilleur. Les organismes qui tirent le bon numéro à la roulette de la vie n'ont pas de meilleures raisons de survivre que les autres…»

 

Un chercheur-explorateur :

 

13 mars 1952 Naissance à Dakar (Sénégal).

1981 Docteur en médecine.

1984 Crée le laboratoire des rickettsies, qui a isolé 20 % des bactéries connues chez l'homme.

1991 Dirige le laboratoire de bactériologie-virologie de l'hôpital de la Timone, à Marseille.

2003 Découverte du premier virus géant.

2007 Nommé directeur de l'IHU Méditerranée infection, à Marseille.

2008 Découverte du premier virus virophage.

2010 Grand Prix Inserm.

2015 Prix Louis-D. de l'Institut de France. Il entre dans le classement Thomson-Reuters des chercheurs les plus influents au monde.

Janvier 2016 Découverte chez des virus géants d'un système de défense inédit.

 

Au final, la science permet de mieux comprendre et d'accepter ce que nous sommes ; heureusement, elle se révèle plus stimulante qu'effrayante. Prenez les microbes. « Les plus dangereux pour l'homme sont aussi les plus vulnérables », indique celui qui, jeune chercheur, s'est fait un nom en pistant les rickettsies, une tribu de bactéries dont certaines vous collent le typhus en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Les grands tueurs en série, tels la rougeole, le tétanos, la poliomyélite, la diphtérie ou le typhus, battent désormais en retraite. Quant au terrible virus de la variole, il a fini par être éradiqué. Et le cancer, qui semble invincible ? « Nous passons notre vie à produire des cellules cancéreuses, mais notre système immunitaire se charge de contrôler la prolifération, comme il le fait avec les bactéries pathogènes ou les virus, décrypte le directeur du centre de référence mondial des bactéries tropicales. Lorsque nous sommes en bonne santé, le rapport de forces entre l'immunité et les cellules cancéreuses s'équilibre. » Un constat qui a provoqué une petite révolution en cancérologie et pourrait aboutir à la mise au point d'un vaccin contre le sida.

Didier Raoult exécute aussi les prédictions épidémiques, démographiques ou climatiques, toujours catastrophistes : … … « Aucun de ces modèles n'a jamais réussi à décrire ce qui s'est véritablement passé par la suite ! »Démonstration avec la fameuse disparition de la banquise arctique annoncée par Al Gore en 2013 à la réception de son prix Nobel. « En 2015, sa surface était la même qu'en 2007. » Pourquoi cette litanie d'erreurs assénées avec autant d'aplomb ? « Les prophètes de malheur utilisent des projections scientifiques basées sur l'hypothèse que les choses vont continuer à se dérouler de la même manière que par le passé, elles ne prennent pas en compte l'idée d'imprévu. Or, dès qu'il s'agit de phénomènes complexes qui s'étalent sur de longues durées, rien n'est figé, rien n'est définitif. » Même la géné- tique n'est pas, comme on l'a longtemps cru, le chef d'orchestre de la partition déjà écrite de notre vie. La science a révélé que l'environnement et la société dans laquelle nous évoluons influent aussi bien sur notre morphologie que sur notre intelligence.

Fervent adepte des philosophes Karl Popper et Thomas Kuhn, qui ont bouleversé l'histoire de la science en imposant l'idée que toute théorie scientifique est faite pour être dépassée, Didier Raoult s'agace : « Chaque fois qu'on est persuadé d'avoir raison, qu'on refuse le doute, on tombe dans la bêtise ! On ne peut pas être un bon chercheur ni un bon médecin si l'on est incapable de reconnaître s'être trompé. » Une leçon que le professeur s'applique à lui-même. « Si je ne suis pas d'accord avec les hypothèses de mes étudiants, je leur propose d'essayer de me faire changer d'avis en puisant dans la littérature scientifique… Cela stimule leur créativité ! »

Reste notre appétence indécrottable pour les mauvaises nouvelles. Un masochisme qui plus est héréditaire. « On a découvert que des rats soumis au stress en laboratoire développent un comportement anxieux qu'ils transmettent à leurs descendants sur trois générations ! »Voilà une bonne raison d'arrêter de se faire peur

 

A l'affût. Dans son laboratoire à la faculté de médecine de la Timone, à Marseille.

 

EXTRAITS :

« Arrêtons d'avoir peur ! », de Didier Raoult (Michel Lafon, 304 p., 18,50 €). Parution le 28 avril.

 

 

La théorie du genre se trompe… à moitié


La dichotomie, la tendance à diviser le monde en deux (oui/non, bien/mal, gauche/droite, inné/acquis), est inhérente à la nature et à la pensée de l'Homme, qui est un être symétrique. (…) Il est toutefois très difficile d'échapper à notre structure physique et mentale. Seul un effort particulier le permet. Ce renversement a donné naissance à la théorie du genre, qui souhaite déconnecter l'identité sexuelle voulue par un individu et son sexe biologique. La théorie du genre a néanmoins engendré un excès inverse, celui de remettre complètement en question la séparation entre homme et femme. Pour 99,7 % de la population, les différences entre les sexes sont irréductibles. Les 0,3 % restants incluent les hermaphrodites, les transsexuels et les personnes de sexe indéterminé. Chez ces dernières, l'expression du phénotype, c'est-à-dire ce qui est visible, est incompatible avec l'information génétique. Elles peuvent par exemple avoir des cellules dotées du chromosome Y masculin mais qui donnent l'apparence d'une femme si les testicules ne sécrètent pas de testostérone. C'est en effet la testostérone qui virilise les hommes et sépare les deux sexes. Les embryons qui n'en reçoivent pas auront un corps féminin. En réalité, les femmes sont des hommes par défaut ! « La diffusion des antibiotiques contrefaits a permis de faire baisser la mortalité mondiale de façon spectaculaire. »

 

 

Le « Français de souche » n'existe pas


Les origines de la France peuvent être représentées sous la forme d'un rhizome ou d'un mycélium (les ramifications complexes et souterraines des champignons). Le citoyen français moderne en serait seulement la partie émergée dont l'apparence ne laisse pas paraître le foisonnement énorme des ancêtres. (…) Les outils modernes d'analyse génomique révèlent que nous sommes tous des mélanges issus de différentes zones géographiques. Dans les grandes zones de passage des mouvements de l'Histoire, comme la France ou la Turquie, les individus sont bien plus mélangés qu'ailleurs. (…) Pour ceux que l'arrivée de migrants en Europe inquiète aujourd'hui, qu'ils n'oublient pas que tous les écosystèmes sont instables et qu'ils ne vivent que de courtes périodes de relative stabilité. Les mouvements de populations ont toujours existé, souvent liés à des poussées démographiques. Et tout comme le prévoit la mécanique des fluides, les habitants d'une région jeune et très densément peuplée se déplacent vers des pays moins peuplés et vieillissants. Le dynamisme va toujours du côté de la jeunesse et ce phénomène est inarrêtable.

 

 

Le corps humain est une chimère


En 2014, un couple donne naissance à un petit garçon puis découvre qu'il est du groupe sanguin AB. Impossible puisque ses deux parents sont du groupe A. Un test ADN confirme que le nouveau-né n'est pas le fils e son père. L'hypothèse d'un adultère est écartée, car e couple a recouru à une insémination artificielle. Les parents se tournent donc vers la clinique qui a procédé à cette insémination, mais les médecins sont formels : il n'y a pas eu d'erreur dans le choix des échantillons de sperme. Le problème est alors soumis des généticiens de l'université Stamford qui procèdent au séquençage du génome de l'enfant. Le résultat, surprenant, laisse à penser que le bébé est le fils de son oncle. Seul hic : le père de l'enfant n'a jamais eu de frère ! Seule explication possible pour les hercheurs : le père du bébé est une chimère humaine. L'hypothèse la plus probable est que cet homme avait n frère jumeau dans le ventre de sa mère, qu'il a abordé alors qu'ils étaient encore de jeunes embryons. se faisant, il a intégré ses gènes qui se sont retrouvés ans certaines de ses cellules et dans une part de ses spermatozoïdes. L'un d'eux a donné naissance à l'enfant. On estime maintenant que 8 à 10 % des grossesses sont au départ gémellaire

 

 

Les faux médicaments sauvent des millions de vies


Selon la Fondation Chirac, 1 million de morts sont causés par de « faux médicaments » en circulation. Un ami médecin au Congo m'a demandé de vérifier cette affirmation. Nous avons alors mis au point une méthode d'analyse pour tester les antibiotiques et les antipaludiques vendus hors des circuits officiels au Congo et montré qu'ils étaient tous conformes. Puis nous avons fait d'autres tests au Sénégal qui ont également montré que les médicaments contrefaits (en Chine et en Inde) contenaient les bons principes actifs. En revanche, ceux qui sont fabriqués au Nigeria sont souvent factices. La menace a donc été exagérée. L'idée que les médicaments contrefaits sont dangereux a été en partie diffusée par l'industrie pharmaceutique, qui se voit concurrencée par des produits de contrebande fabriqués en Chine et en Inde. Paradoxalement, la diffusion des antibiotiques contrefaits a permis au contraire de faire baisser la mortalité mondiale de façon spectaculaire. Ainsi, les infections respiratoires, dont la pneumonie, sont passées de la première à la deuxième place dans le classement des plus grands tueurs mondiaux grâce aux antibiotiques bon marché disponibles depuis cinq ans environ en Chine et en Inde. Cet exemple illustre comment la créativité humaine et le désir de se soigner sont plus forts que les règles juridiques et économiques.

 

Par Olivia Recasens

 

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