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Didier Raoult à AEF

Didier Raoult, directeur de l'IHU de Marseille © Inserm / Patrice Latron.

"L'IHU a résisté à deux ans de tempête sauvage et la mission nous a aidé à en voir l'issue"

Par Anne Roy

 

"Nous avons résisté à deux ans de tempête sauvage. Maintenant nous en voyons l’issue et la mission nous y a aidés", expose Didier Raoult, interrogé par AEF le 4 novembre 2015 suite à la publication d’un rapport Igas-IGAENR sur l’IHU de Marseille, qu’il dirige (lire sur AEF). Il y évoque la situation conflictuelle avec l’ancienne direction de l’AP-HM et les difficultés qui en ont résulté pour l’Institut. Il déclare avoir pris en compte les recommandations du rapport, notamment sur la composition du CA auquel participent désormais l’ancienne ministre de l’ESR Geneviève Fioraso ainsi qu’un inspecteur des finances. Concernant les remarques sur le projet de recherche et sa gestion, le directeur dit "ne pas comprendre" et regrette que le rapport "n’ait pas été contradictoire" comme il l’avait souhaité.

 

AEF : La mission Igas-IGAENR sur l’IHU de Marseille avait dans un premier temps envisagé l’arrêt de l’IHU, piste que le rapport n’envisage plus. Comment l’accueillez-vous ?

Didier Raoult : Une des raisons pour lesquelles j’ai souhaité avoir une mission officielle, c’est que la direction du CHU donnait des informations fausses au niveau national. Celles-ci ont été décryptées par la mission : cette dernière a pu constater que l’organisation budgétaire et le modèle financier de l’IHU étaient parfaitement bouclés. Il y avait des remontées du CHU pour essayer d’arrêter l’IHU pour des raisons qui me paraissent étranges. Cette malveillance de la direction des hôpitaux ne s’est résolue que grâce à cette mission IGAENR, qui a joué un rôle très important d’information : le ministère de la Santé ayant pu constater que les informations qu’on leur donnait étaient erronées. Ni le problème financier, ni la la réalité de l’IHU elle-même, ni son intérêt pour le CHU de Marseille, n’ont plus été mis en cause, ce qui était le cas du rapport de l’Igas précédent sur lequel nous n’avions pas été consultés.

Nous avions des difficultés considérables avec la direction du CHU de Marseille et la mission a aidé à voir qu’il y avait un problème majeur de gestion des hôpitaux. Cela s’est terminé par la démission du directeur du CHU. Cette mission a donc eu des conséquences notables. Par ailleurs, la direction de l’AP-HM de l’époque avait expliqué que l’IHU avait été imposé à l’AP-HM. Ce, alors que l’IHU avait été demandé par le directeur précédent. Cette situation crée une rupture de continuité de l’État qui est inacceptable et qui pose une vraie question sur le devenir des IHU.

 

AEF : Le rapport est clair sur l’apport de l’IHU pour le CHU et pour la ville de Marseille. Mais il pose entre autres la question de la pérennité de l’IHU au-delà des financements du PIA, à partir de 2020. Quelles sont vos pistes ?

Didier Raoult : Nous avons des pistes importantes. L’IHU crée beaucoup de richesses en termes de recherche. Nous avons un retour espéré sur la valorisation (brevets, start-up) en cours d’évaluation. Ensuite, comme pour les autres IHU, se pose la question de la poursuite au-delà du PIA. Les IHU sont financés par les intérêts du grand emprunt et la question de la pérennisation du versement de ces intérêts va se poser d’ici 2020.

 

AEF : Le rapport est également assez critique sur la composition du CA. Avez-vous pris en compte ses recommandations ?

Didier Raoult : Il y a des propositions très intéressantes, que nous avons prises en compte. Il est vrai que nous avons été dans une situation très difficile qui nous obligeait à réduire au minimum les recrutements administratifs afin de limiter les dépenses. Nous devions alors travailler seulement avec les forces en présence. Nous avons changé déjà pas mal de personnes au CA et au CS. L’ancienne ministre de l’ESR, Geneviève Fioraso, a accepté de faire partie de notre CA et le responsable local de la Caisse d’épargne de devenir trésorier de la fondation. Nous modifions de manière significative le conseil scientifique de manière à l’ouvrir plus vers l’international. Nous avons également un administrateur qui est inspecteur général des finances, comme cela nous avait été recommandé. Ce rapport est intéressant en ce qu’il nous a permis de tourner une page. Les choses ont évolué et nous entrons dans la 2e phase de l’IHU, alors que le bâtiment est bientôt fini. Nous en sommes à savoir comment l’occuper et comment valoriser cet investissement important.

 

AEF : La mission émet des critiques sur le projet de recherche et sur la gouvernance associée qu'elle juge trop centralisée. Quelle réponse y apportez-vous ?

Didier Raoult : Je ne comprends pas trop les remarques sur le projet de recherche et concernant la réflexion sur la gestion et l’organisation de la recherche, je pense que le travail n’a pas été mené jusqu’au bout : la mission ne nous a pas suffisamment demandé d’explications. Il a été rédigé pour la création de l’IHU et nous sommes bien obligés de suivre le projet pour lequel nous avons reçu 73 M€ de l’ANR. Par ailleurs, il y a au sein de l’IHU trois équipes de recherche qui sont en permanence présentes au Copil. Les deux plus grosses équipes de recherche sont dirigées par le président et par le directeur de la Fondation. Il est donc difficile de dire qu’elles ne coopèrent pas. Le directeur de la troisième équipe est présent à chacune des réunions. Il s’agit manifestement d’un malentendu. Nous sommes assez satisfaits de ce rapport, nous regrettons simplement qu’il n’ait pas été contradictoire comme nous l’avions souhaité.

 

AEF : Le rapport pointe le fait que vous cumuliez les fonctions de directeur et d’administrateur.

Didier Raoult : Ils se trompent. On ne peut pas être à la fois administrateur et directeur si l’on est payé. Je suis directeur bénévole, il n’y a donc pas de conflits d’intérêts. Nous avons consulté un cabinet d’avocats spécialisés : personne ne peut être payé par une fondation de cette nature tout en étant administrateur.


AEF : Quelles sont les prochaines échéances, notamment du point de vue de l’évaluation ?

Didier Raoult : Notre CS est absolument enthousiaste sur les résultats et je pense qu’il y a de quoi. Nous sommes en train d’accomplir une réussite unique au monde : nous avons créé huit start-up dont cinq commencent à vendre des produits, donc les choses se passent très bien. Ce mécanisme de sélection des IHU est à l’origine de la robustesse des IHU, comme en témoigne le fait que nous avons résisté à deux ans de tempête sauvage. Maintenant nous en voyons l’issue et la mission nous y a aidés. Je reconnais que les autorités de l’État nous ont écoutés et aidés à avancer dans une situation pénible et difficile.

 

AEF : Et l’aménagement dans les nouveaux bâtiments ?

Didier Raoult : Il se fera courant 2016, je ne peux pas en dire plus. Il est possible que les laboratoires commenceront à emménager avant l’été et la partie soins après l’été. Nous ferons cela progressivement. Avec beaucoup de difficultés nous avons réussi un défi extraordinaire. Ce n’est pas la peine de gagner trois mois pour faire perdre du temps ensuite sur un projet de cette nature et de cette ampleur.


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