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Fièvre Q et Lymphome.

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20/10/2015

 

Des chercheurs de l’IHU Méditerranée Infection ont identifié un lien entre le développement du cancer des ganglions (lymphomes B non hodgkiniens) et la fièvre Q qui est une infection causée par la bactérie Coxiella burnetii. Dans cet article paru dans la revue Blood, les scientifiques ont rapporté 11 cas de patients ayant développé ce type de cancer après avoir été infecté par la bactérie. Ils ont objectivé la présence de cette bactérie vivante au sein même des ganglions cancéreux et ont retrouvé une augmentation de la fréquence de ces lymphomes parmi les patients infectés par cette bactérie.

 

Coxiella burnetii infecte habituellement les animaux comme les vaches, les moutons et les chèvres, chez lesquels elle est responsable d’épidémies d’avortements bien connu des vétérinaires mais aussi de maladie professionnelle chez les travailleurs agricoles. Les animaux sauvages peuvent aussi être infectés et sont à l’origine de nombreux cas rapportés chez des chasseurs. Enfin, comme la bactérie est capable d’infecter aussi les chats, les chiens, les pigeons et de se disséminer dans l’air jusqu’à plusieurs kilomètres, certains individus humains infectés n’ont aucun souvenir de contact avec des animaux de ferme ou d’animaux sauvages. La primo-infection, appelée fièvre Q aiguë, est généralement bénigne et se présente sous forme de fièvre, atteinte du foie ou du poumon. La bactérie est éradiquée dans 95% des cas en quelques semaines avec ou sans traitement antibiotique. Cependant, dans 5 % des cas, la bactérie est capable de persister chez les patients avec des facteurs de risque, notamment au niveau du cœur, des os ou encore des ganglions. Les formes persistantes de la fièvre Q sont des infections graves et peuvent conduire au décès des patients si aucun traitement antibiotique n’est mis en place.

 

Alors qu’il était connu depuis longtemps que les patients présentant un cancer des ganglions développaient plus fréquemment une infection persistante à Coxiella burnetii, l’équipe du Professeur RAOULT a montré pour la première fois que l’infection par cette bactérie favorisait l’apparition du lymphome.

 

L’investigation a débuté à partir du cas d’un patient, chasseur, qui a présenté une infection persistante à Coxiella burnetii au niveau de l’aorte, ce qui a été nécessité une opération en urgence et l’instauration d’un traitement antibiotique (Melenotte, Lancet, 2012). Le patient a présenté une excellente évolution de son infection. Cependant, les ganglions qui étaient au contact de l’aorte n’ont cessé d’augmenter de volume et finalement la biopsie d’un de ces ganglions a permis de diagnostiquer un cancer. Les chercheurs ont également mis en évidence que la bactérie viable Coxiella burnetii était également présente dans le ganglion cancéreux grâce à l’utilisation de techniques extrêmement sensibles et récentes basée sur la fluorescence (immunofluorescence couplée à l’hybridation in situ de l’ARN et de l’ADN bactérien) (figure 1). A la suite de cela, les chercheurs ont retrouvé 7 cas similaires parmi 1,468 patients diagnostiqués avec une infection à Coxiella burnetii au centre national de référence de la fièvre Q entre 2004 et 2014. A partir de ces données, ils ont calculé que la fréquence du cancer des ganglions était augmentée chez les patients qui présentait une fièvre Q par rapport à la fréquence des cancers des ganglions dans la population générale. De plus, pendant l’analyse des résultats de leur étude, les médecins marseillais ont été contactés par des hôpitaux de l’étranger (Espagne et Israël) qui présentait 2 cas similaires ce qui renforce la reproductibilité du lien entre cette bactérie et le cancer des ganglions.

 

Cette étude confirme ainsi le lien entre infection et cancer et ouvre de nouvelles perspectives à la fois pour la prise en charge des patients avec un cancer des ganglions ou pour ceux infectés par la fièvre Q.


Enfin les chercheurs ont pu mettre en évidence que la bactérie, après avoir infecté certaines cellules immunitaires, était capable de paralyser l’immunité naturelle anti-tumorale. Ce qui représente un mécanisme complètement nouveau dans le lien entre bactérie et cancer.

 

C’est grâce à une collaboration internationale associant les équipes du Professeur RAOULT (URMITE, Marseille), du Professeur MEGE (URMITE, Marseille), du Professeur XERRI (Institut Paoli Calmettes, Marseille) et du Professeur NADEL (Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy) ainsi que le Dr MORENO (Barcelona, Spain) et le Dr DEKEL (Tel Aviv, ISRAEL) que ce travail a été rendu possible.

 

Sources :

 

B-Cell Non-Hodgkin Lymphoma linked to Coxiella burnetii. Cléa Melenotte ,Matthieu Million, Gilles Audoly, Audrey Gorse, Hervé Dutronc, Gauthier Roland, Michal Dekel, Asuncion Moreno, Serge Cammilleri, Maria Patrizia Carrieri, Camelia Protopopescu,Philippe Ruminy, Hubert Lepidi, Bertrand Nadel, Jean-Louis Mege, Luc Xerri, and Didier Raoult.

 

 

 

 

Inserm: Un lien entre le développement du cancer des ganglions et la fièvre Q

ARC: Coxiella burnetti : de la fièvre Q aux lymphomes


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