Accueil > Espace presse > Décryptage hebdomadaire > Décryptage du 02 octobre 2018

Espace presse

Décryptage du 02 octobre 2018

Le régime crétois et le risque d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) : de belles promesses bien huilées mais infondées

Le régime crétois diminuerait les risques d’AVC chez les femmes de plus de 40 ans. C’est en tout cas ce que nous explique un article de la Dépêche en ligne depuis le 25 Septembre 2018 reprenant les résultats d’une étude scientifique 1 réalisée au Royaume Uni évaluant le lien entre le régime crétois et le risque de cancer.

Dans son article, le média précise que la méthodologie suivie par l’étude pour évaluer les habitudes alimentaires des personnes étudiées reposait sur un « journal quotidien relatif à la nutrition ». En analysant davantage l’étude en question 1, on constate que cette méthodologie n’est utilisée qu’une seule fois pour évaluer le régime alimentaire des participants sur une semaine. Dans ces conditions, et contrairement à ce que laisse penser l’article de la Dépêche, cette étude n’a pas pu évaluer en une semaine l’impact « sur le long terme » du régime alimentaire méditerranéen sur la survenue d’AVC chez les personnes suivies ! 

1. Paterson KE, et al. Mediterranean Diet Reduces Risk of Incident Stroke in a Population With Varying Cardiovascular Disease Risk Profiles. Stroke. 2018 Sept 20. 2415-2420 

 

Consommation d’alcool, de tabac et de drogues chez les jeunes : les questionnaires doivent susciter la méfiance des exégètes !

Un rapport sur la consommation d’alcool, de tabac et de drogues 2 a été largement partagé par la presse et les réseaux sociaux les 27 et 28 septembre 2018. Il suscite un intérêt important dans le grand public, ce qui n’est pas surprenant : il décline la consommation de chacune de ses substances par Région, permettant ainsi à chacun de se comparer à l’autre ! Cependant, la méthodologie employée doit inviter à la prudence : les questionnaires ont été auto-administrés lors de la Journée Défense et Citoyenneté de jeunes d’environ 17 ans. Penser que leurs réponses peuvent être jugées sincères, alors qu’on pose des questions sensibles à des jeunes dans un contexte militaire, est peu réaliste. Une fois de plus, il faut rester extrêmement prudent quant à la fiabilité des questionnaires réalisés de cette manière !

2. Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies, Enquête ESCAPAD : exercice 2017. Lien : https://www.ofdt.fr/enquetes-et-dispositifs/escapad/. Accès le 01/10/2018.

 

Quand lire la notice permet d’éviter de devenir aveugle !

Le site en ligne Pourquoi Docteur a récemment publié un article présentant les résultats d’une étude Anglo-Saxonne 3 décrivant une recrudescence des cas de kératites causées par le protozoaire Acanthamoeba chez nos voisins anglais.

Le titre de cet article (« En Angleterre, une rare infection oculaire risque de rendre aveugles les porteurs de lentilles ») laisse penser que tous les porteurs de lentilles de contact sont égaux dans leur risque de développer l’infection et de devenir aveugles. Néanmoins, comme le précisent les auteurs de l’étude 2, les kératites à Acanthamoeba peuvent être simplement évitées en suivant quelques règles d’hygiène simples comme le lavage des mains avant utilisation des lentilles ou leur renouvellement régulier. Que les utilisateurs de lentilles de contact soient rassurés, tout est écrit sur la notice !

3. Carnt N, et al. Acanthamoeba keratitis: confirmation of the UK outbreak and a prospective case-control study identifying contributing risk factors. Br J Ophthalmol. 2018 Sep 19.

 

Vaccination obligatoire et couverture vaccinale: démêler le vrai du faux

Le 27 Septembre 2018, un article du 20 Minutes titrant « Vaccination obligatoire: Le ministère de la Santé se félicite des premiers résultats » listait plusieurs exemples de couverture vaccinale en augmentation en 2018.

Dans les faits, il est totalement faux de laisser penser que l’obligation vaccinale étendue de 3 à 11 vaccins chez les jeunes enfants nés depuis janvier 2018 explique à elle seule les augmentations citées par l’article du 20 Minutes. Tout d’abord, dans son argumentaire, le journal cite l’exemple du papillomavirus humain qui n’est ni obligatoire ni proposé aux jeunes enfants mais seulement aux adolescents et aux jeunes adultes, en particulier aux jeunes filles, aux immunodéprimés et aux jeunes hommes homosexuels 4.  En outre, l’obligation vaccinale n’étant entrée en vigueur qu’en janvier 2018, il est impossible de déterminer l’impact de cette mesure sur la couverture vaccinale des 8 vaccins nouvellement soumis à obligation chez des enfants âgés de 12 mois et plus ! Notons d’ailleurs ici que pour les 8 vaccins ajoutés à la liste des vaccins obligatoires depuis 2018, les dernières estimations de couverture vaccinale chez les enfants de moins de 2 ans étaient généralement supérieures à 95% ou en augmentation bien avant la mise en place de cette mesure 4.

4. Ministère des Solidarités et de la Santé. Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales - 2018.  Lien : https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/calendrier_vaccinations_2018.pdf. Accès le 28/09/2018.

 

Malformations congénitales dans l’Ain : attention à l’interprétation abusive de données épidémiologiques

Un rapport d’un réseau de surveillance épidémiologique 5 a été repris le 26 septembre 2018 dans le 20h de France 2. Il décrit une augmentation jugée statistiquement significative du nombre de malformations congénitales de bébés nés sans bras, ou sans main, quantifié à 7 sur une période de 6 ans, dans l’Ain.

Cet événement est humainement dramatique. Cependant deux éléments peuvent amener le lecteur à prendre du recul sur cette information. Premièrement, la méthodologie du rapport est trop fragile pour permettre de conclure que les 7 malformations ne sont pas dues au hasard (fragilité pointée par Santé Publique France). Deuxièmement, le réseau épidémiologique à l’origine du rapport (REMERA) voit actuellement ses financements décroître et est donc en conflit d’intérêt : il a besoin de justifier de son rôle, ce qui peut l’amener à des conclusions hâtives.

Cette méthodologie fragile et ce contexte politique tendu amènent à des dérives : l’interprétation du REMERA qui accuse sans preuve sérieuse les méthodes agricoles employées dans la région d’être à l’origine de ces malformations, est abusive.

REMERA. Détection d’un agrégat spatio-temporel d’anomalies réductionnelles des membres chez des enfants nés dans l’Ain entre 2009 et 2014. Lien : https://www.remera.fr/wp-content/uploads/2018/07/Rapport-clustering-spatio-temporel-V6-sans-annexe.pdf. Accès le 01/10/2018.


© IHU Méditerranée Infection - Contact / Plan du site / Crédits