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Décryptage du 25 septembre 2018

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Ce qu’il faut retenir du lien entre le Nutri-Score et le risque de cancer…

Dans un article publié le 18 Septembre 2018, le journal le Monde reprend les principaux résultats d’une étude scientifique 1 évaluant le lien entre habitudes alimentaires et risque de cancer chez 471 495 adultes originaires de 10 pays européens. A la fin de la publication, les auteurs précisent que la méthodologie appliquée dans leur étude ne leur a pas permis de suivre l’évolution dans le temps des habitudes alimentaires des personnes étudiées 1.

Dans l’article du Monde, cette limite est succinctement mentionnée avant d’être sommairement réduite à un élément sans importance au vue de « l’ampleur » de la découverte. Néanmoins, en tant que scientifiques, il s’agit selon nous bien là d’une limite majeure qui conditionne intégralement la viabilité de l’étude en question 1. En effet, les habitudes alimentaires évoluent dans le temps. Dans ce contexte, le fait de résumer le régime alimentaire d’une personne à celui qu’elle déclare à un instant « T » avant d’évaluer son impact sur la survenue de cancer revient à une simplification telle qu’il n’est tout simplement pas possible de parler de découverte scientifique ! Dans ces conditions, et contrairement aux conclusions tirées par le journal, tout reste à prouver.

1. Deschasaux M, et al. Nutritional quality of food as represented by the FSAm-NPS nutrient profiling system underlying the Nutri-Score label and cancer risk in Europe: Results from the EPIC prospective cohort study. PLoS Med. 2018 Sep 18;15(9):e1002651.


Activité physique et gravité des accidents vasculaires cérébraux (AVC) : attention à la mémoire !

Le Figaro vient de publier un article ventant les mérites de l’activité physique sur la diminution de la gravité des AVC. Cet article est fondé sur les résultats d’une étude impliquant 925 patients victimes d’AVC en Suède entre Novembre 2014 et Avril 2016 2.

En analysant l’étude en question 2, on constate que l’activité physique a été « estimée » sur la base d’un questionnaire faisant appel aux souvenirs des patients. Or, la moyenne d’âge des patients étudiés est de 73 ans et elles ont toutes été victimes d’AVC. Sachant l’impact que ces deux éléments peuvent avoir sur le cerveau et l’incapacité des questionnaires à résumer une vie, il est clair que la méthodologie suivie par les auteurs pour évaluer l’activité physique des patients est bien trop biaisée pour prouver quoique ce soit. A noter également que dans son article le Figaro souligne que l’activité physique protège le cerveau…là où les auteurs soulignent que la science n’a pour le moment rien démontré de concret 2.

2. Reinholdsson M, et al. Prestroke physical activity could influence acute stroke severity (part of PAPSIGOT). Neurology. 2018 Sep 19.


Il y a du sucre dans les yaourts sucrés… Pas dans les yaourts nature.

Europe 1, RFI  et d’autres appellent à se méfier des yaourts qui… contiendraient du sucre. La source est un article publié dans le British Medical Journal 3 suite à une étude menée sur 921 yaourts distribués dans les supermarchés britanniques.

La conclusion reprise par la presse prête à sourire : les  yaourts sucrés contiennent du sucre, pas les yaourts nature. Les taux de sucre présentés ne concernent que quelques exemples. Le consommateur, inquiété par le titre racoleur, devrait conserver la même habitude : consulter la quantité de sucre présente dans les aliments qu’il achète. Une attaque est également portée sur les yaourts sucrés bios, qui contiendraient davantage de sucre que les autres. Attention : cette étude a été réalisée au Royaume-Uni. Malgré une norme européenne commune, les cahiers des charges varient selon les labels et les produits distribués au Royaume-Uni ne sont pas représentatifs de ceux distribués en France. Ces normes concernent avant tout l’usage de produits chimiques de synthèse et non la teneur en sucre des aliments.

3. Moore JB, et al. Evaluation of the nutrient content of yogurts: a comprehensive survey of yogurt products in the major UK supermarkets. BMJ Open 2018;8.


L’hépatite E, une maladie infectieuse sous estimée!

Des articles de presse publiés dans le Midi Libre ou La Dépêche ont alerté l’opinion publique sur le risque de contracté une hépatite E des suites de la consommation de certains aliments, notamment la charcuterie à base de foi de porc cru, après qu’une étude ait identifiée une augmentation du nombre de diagnostics de ce virus en France métropolitaine entre 2002 et 2016 4. Ils soulignent également que l’Occitanie est la région la plus touchée par le virus.

Contrairement à ce que disent ces articles, l’hépatite E ne touche pas plus l’Occitanie que le reste de la France. Dans les faits, le Centre national de référence de l’hépatite E se trouve à Toulouse, chef lieu de la région Occitanie. Il est dès lors aisé de comprendre que les praticiens de cette région sont plus à même de tester leurs patients pour ce pathogène qu’ailleurs en France. Notons d’ailleurs que 85% des infections par ce virus sont silencieuses 5 et que, en l’absence de surveillance active des cas et des morts causées par ces infections, les chiffres du rapport de Santé Publique France sont sous estimés 4,6.

4. Couturier A, et al. Surveillance de l’hépatite E en France, 2002-2016. Bull Epidémiol Hebd.  2018;(28):566-74.
5. Rein DB, et al. The global burden of hepatitis E virus genotypes 1 and 2 in 2005. Hepatology 2012;55:988e97.
6. Colson P, et al. Autochthonous hepatitis E: a common and fatal but neglected emerging disease in France. Clin. Microbiol Infect 2017;23(12):898-899.


Les infections à Capnocytophaga canimorsus sont peut-être mortelles : elles sont surtout extrêmement rares

Depuis quelques mois, la bactérie Capnocytophaga canimorsus, présente naturellement dans la salive du chien, fait régulièrement l’actualité. Trois infections mortelles ont en effet été rapportées en France depuis début 2017 7. LCI titrait par exemple, le 24 Septembre : « Méfiez-vous de la salive de votre chien ou de votre chat, elle peut être mortelle. »

Heureusement, cette bactérie reste extrêmement rare. Dans le monde, seuls quelques centaines de cas ont été rapportés en 20 ans. La rage, qui cause chaque année plus de 50 000 décès, est une maladie transmise par le chien bien plus dangereuse qui mérite davantage qu’on parle d’elle.

En conclusion, il faut rester prudent avant de faire naître l’inquiétude chez les lecteurs de la presse en ligne. Avant de créer la panique chez les propriétaires de chiens, rappelons-nous qu’il y a plus de 7 Millions de chiens en France 8 et seulement quelques cas d’infections !

7. Le dernier, cité par Marc Gozlan du blog Réalités Biomédicales : Brunet J, Lhermitte D, Seguin A, duCheyron D. Capnocytophaga canimorsus : une cause de défaillance multiviscérale accompagnée de livedo. Med Mal Infect. 2017 Sep;47(5):370-373. doi: 10.1016/j.medmal.2017.04.006.

8. Enquête 2015 KANTAR-TNS pour la FACCO

 


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