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Décryptage du 18 septembre 2018

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Oui, le retour du paludisme en France est possible

Depuis plusieurs années, la France s’est dotée d’un dispositif de surveillance renforcée des cas humains de dengue, de chikungunya et de Zika en France métropolitaine1. Etonnement, le paludisme, 4ème cause de mortalité par maladie infectieuse dans le monde avec près de 700 000 décès estimés en 20162, n’a pas été intégré à cette surveillance.

Depuis 2018, nous avons identifié un nombre anormalement élevé de cas importés de paludisme diagnostiqués à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (Figure 1). Sachant que cette maladie infectieuse était présente en France jusqu’en 1960 3 et au vue de sa dangerosité, nous recommandons qu’elle fasse également l’objet d’une surveillance renforcée en France métropolitaine.

  1. Santé Publique France. Chikungunya, dengue et zika - Données de la surveillance renforcée en France métropolitaine en 2018. Lien : http://invs.santepubliquefrance.fr/Dossiers-thematiques/Maladies-infectieuses/Maladies-a-transmission-vectorielle/Chikungunya/Donnees-epidemiologiques/France-metropolitaine/Chikungunya-dengue-et-zika-Donnees-de-la-surveillance-renforcee-en-France-metropolitaine-en-2018. Accès le 12/09/2018.
  2. GBD 2016 Causes of Death Collaborators. Global, regional, and national age-sex specific mortality for 264 causes of death, 1980-2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. Lancet. 2017 Sep 16;390(10100):1151-1210.
  3. Bouree P. La lutte contre le paludisme en France au cours des siècles. Lien : http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1982x017xspec1/HSMx1982x017xspec1x0136.pdf. Accès le 12/09/2018.

Figure 1. Evolution hebdomadaire du nombre de tests de diagnostic rapide paludisme positifs, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille, février 2014- septembre 2018.


La résistance bactérienne aux antibiotiques est multifactorielle!

En démontrant un lien inverse entre certaines résistances bactériennes aux antibiotiques et la consommation mondiale des antibiotiques, les travaux de Colligon et al. récemment publié dans le journal The Lancet Planetary Health 4 ont battu en brèche l’idée selon laquelle l’utilisation de ces molécules par l’Homme favorise l’émergence de bactéries résistantes.

Selon nous, ces observations confirment la théorie du croquet vivant 5 en démontrant que l’émergence et la propagation de bactéries résistantes aux antibiotiques est un processus complexe impossible à simplifier et à prédire. Un exemple démontrant cela est celui de la diminution inexpliquée et inattendue des infections à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline dans le monde 6. Notons ici d’ailleurs que la résistance bactérienne aux antibiotiques est apparue bien avant la découverte et l’utilisation de ces molécules par l’Homme 7.

(5) Collignon P, et al. Anthropological and socioeconomic factors contributing to global antimicrobial resistance: a univariate and multivariable analysis. Lancet Planet Health. 2018 Sep;2(9):e398-e405.

(6) Raoult D. Alice's living croquet theory. Int J Antimicrob Agents. 2016 Apr;47(4):249.

(7) Rolain JM, et al. Worldwide decrease in methicillin-resistant Staphylococcus aureus: do we understand something? Clin Microbiol Infect. 2015 Jun;21(6):515-7.

(8) Rolain JM, et al. Do we need new antibiotics? Clin Microbiol Infect. 2016 May;22(5):408-15.

Klebsiella pneumoniae n’est pas une bactérie rare

Le 17 septembre 2018, une dépêche AFP annonce le décès de 6 nouveau-nés en Afrique du Sud suite à des infections causées par une bactérie « rare » : Klebsiella pneumoniae.

Le décès de 6 nouveau-nés est un drame, il est donc dommage que cette dépêche soit factuellement fausse : Klebsiella pneumoniae n’est pas une bactérie rare, encore moins une bactérie intraitable.

A l’IHU Méditerranée Infection, cette bactérie fait partie des 5 espèces les plus isolées au quotidien. Preuve de sa large diffusion, 4 868 patients ont été hospitalisés pour des infections invasives à Klebsiella pneumoniae dans les hôpitaux universitaires de Marseille entre 2012 et 2015 ! (1).

Pour comprendre le niveau de résistance de ces bactéries aux antibiotiques usuels, nous avons analysé les données de résistance aux antibiotiques de souches de Klebsiella pneumoniae isolées entre 2010 et 2015. Comme nous l’avons montré, aucun décès n’a été causé par une souche impossible à traiter par antibiotiques ! (2)

 (1) Abat, C; Raoult, D; Rolain, JM , Decreasing level of resistance in invasive Klebsiella pneumoniae strains isolated in Marseille, January 2012-July 2015, SPRINGERPLUS, Volume: 5, Article Number: 631, Published:MAY 17 2016

(2) Abat C, et al. Extremely and pandrug-resistant bacteria extra-deaths: myth or reality? Eur J Clin Microbiol Infect Dis. 2018 Sep;37(9):1687-1697.


Le nombre de cancers dans le monde augmente : c’est normal, l’espérance de vie aussi.

Le cancer serait en progression « alarmante » dans le monde selon les Echos et plusieurs medias francophones de Belgique. Selon nous, cette observation résulte principalement de l’augmentation de l’espérance de vie dans le monde.

Dans les faits, les cancers surviennent généralement chez des sujets âgés. Dès lors, sachant que l’espérance de vie mondiale a augmenté de plus de 20 ans depuis les années 1950 (1), toutes les maladies du vieillissement augmentent aussi. Il n’est donc pas alarmant que les malades soient de  plus en plus nombreux : c’est une conséquence indirecte et funeste de la réduction des inégalités d’espérance de vie entre les pays (2). Elle-même résulte des progrès de la médecine moderne et de l’amélioration des conditions de vie !

(1) INED, Tout Savoir sur la Population, La durée de vie dans le monde

(2) Observatoire des Inégalités, Les inégalités d’espérance de vie dans le monde se réduisent, 22 Mars 201


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