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Décryptage du 09 octobre 2018

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Décryptage “fausse alerte”

Ceux qui prédisent les épidémies sont les diseurs de bonne aventure du 21ème siècle !

Dans un article du 8 octobre 2018, 20 Minutes alerte sur le risque d’une pandémie mondiale qui tuerait jusqu’à 147 Millions de personnes. Le modèle cité en exemple est la pandémie de grippe espagnole qui avait décimé l’Europe au sortir de la Première guerre mondiale.

Il est absurde de comparer la mortalité de la grippe espagnole à celle de toute pathologie du XXIème siècle, pour une bonne raison : aujourd’hui, l’humanité dispose d’un large spectre d’antibiotiques. Ce n’était pas le cas lors de la pandémie de grippe espagnole, qui frappa avant la découverte de la pénicilline par Alexandre Fleming en 1928.

Or, ce que l’on sait peu, c’est que lors de la pandémie de grippe espagnole, la grande majorité des malades mouraient de surinfections bactériennes (2), qui seraient aujourd’hui traitées bien plus efficacement. La mortalité serait donc sans commune mesure. Les lecteurs de 20 Minutes peuvent se rassurer !

 

(1) 20 Minutes : Cent ans après la grippe espagnole, le monde n'est pas à l'abri d'une pandémie. Reprenant une dépêche de l’AFP. Lien :  https://www.20minutes.fr/sante/2350591-20181008-cent-ans-apres-grippe-espagnole-monde-abri-pandemie Accès le 8 Octobre 2018

(2) David M. Morens, et al. Predominant Role of Bacterial Pneumonia as a Cause of Death in Pandemic Influenza: Implications for Pandemic Influenza Preparedness. Journal of Infectious Diseases, 2008 Oct 1;198(7):962-70

 

Décryptage “fausse alerte”

Nous sommes encore loin de disposer d’un médicament contre l’arthrite

Ouest-France, le 8 octobre, partage une heureuse nouvelle (1) : l’arthrose serait bientôt soignable grâce à un médicament découvert par des scientifiques canadiens (2).

Quand on regarde plus précisément l’étude de ces scientifiques, on se rend compte qu’ils n’ont fait que constater les effets positifs d’un oligonucléotide sur des échantillons humains et des modèles animaux.

Les essais cliniques sur l’homme n’ont pas encore commencé : le processus est long et les besoins en financement très importants avant qu’un médicament ne puisse être mis sur le marché. Il est donc peu judicieux de laisser croire au public que l’arthrose sera bientôt soignée : il est encore beaucoup trop tôt pour le dire.

(1) Ouest-France : Arthrose. Un nouveau médicament capable de stopper la maladie ? Lien : https://www.ouest-france.fr/sante/arthrose-un-nouveau-medicament-capable-de-stopper-la-maladie-6008056 Accès le 8 Octobre 2018

(2) Akihiro Nakamura et al. MicroRNA-181a-5p antisense oligonucleotides attenuate osteoarthritis in facet and knee joints, Annals of the Rheumatic Diseases. 2018 Oct 4. pii: annrheumdis-2018-213629

 

Décryptage “fausse alerte”

Non, le premier cas humain d’hépatite E du rat n’augure pas une pandémie !

En début de semaine, des articles parus dans Paris Match et le Parisien 1,2 annoncent l’identification du premier cas humain d’hépatite E du rat chez l’homme. Le patient est un homme de 56 ans greffé du foie le 14 mai 2018 à l’hôpital universitaire Queen Mary de Hong Kong. Dans leurs articles, les médias rapportent que les chercheurs à l’origine de cette découverte la qualifient de découverte « […] majeure pour la santé publique » avant de rappeler que par la passé Hong-Kong a été le théâtre de plusieurs épidémies de grande ampleur telle que la peste bubonique à la fin du XIXième siècle.

En rapprochant de la sorte la découverte du premier cas humain d’hépatite E du rat et les épidémies ayant touché la ville de Hong-Kong par la passé, les journalistes tentent de susciter l’effroi chez le lecteur. Or, dans le cas présent, le patient a subi une greffe. Sachant que les greffés sont mis sous immunosuppresseurs pour éviter le rejet du greffon, il y a fort à parier que c’est cette immunosuppression qui a favorisé l’infection du patient par le virus et pas une capacité acquise par le virus à se transmettre des rats vers les hommes.

Une fois de plus, l’imaginaire s’arrête là où le bornent les faits ! 

  1. Le Parisien. Hong Kong : un homme atteint de l’hépatite E du rat, une première. Lien : http://www.leparisien.fr/societe/sante/hong-kong-un-homme-atteint-de-l-hepatite-e-du-rat-une-premiere-28-09-2018-7905561.php. Accès le 02/10/2018.
  2. Paris Match. Hong Kong: premier cas humain d'hépatite E du rat. Lien : https://www.parismatch.com/Actu/International/Hong-Kong-premier-cas-humain-d-hepatite-E-du-rat-1577025. Accès le 02/10/2018.

 

Décryptages « de fond »

Peut-on vraiment utiliser l’aspirine comme adjuvant dans le traitement des cancers ?

Depuis quelques semaines, plusieurs articles de presse incluant celui d’Ouest France 3 soulèvent la question de l’utilisation de l’aspirine à faible dose et à long terme comme adjuvant dans le traitement des cancers. Cet article est fondé sur une revue de la littérature récemment publiée dans le journal PloS ONE 4 qui, après analyse de 71 articles scientifiques traitant du sujet, conclut que les résultats obtenus sont encourageants et que les patients souffrant de cancer devraient en être informés pour décider de son utilisation au cours de leurs traitements.

Contrairement à ce que laissent penser le titre de l’article d’Ouest France 3 et les conclusions de la revue précédemment citée 4, la question est loin d’être tranchée pour plusieurs raisons. Premièrement, les données sur le sujet analysées par la revue 4 ont été obtenues en suivant des méthodologies différentes. A titre d’exemple, certaines études citées par la revue de Plos ONE 4 évalue l’effet de l’aspirine sur peu de patients (quelques dizaines) et/ou sur quelques mois et/ou sur un type de cancer précis quand d’autres le font sur des milliers de patients et/ou sur plusieurs dizaines d’années et/ou sur plusieurs types cancers 4. Dans ce contexte, il est impossible d’attribuer la même signification aux observations obtenues par des études si différentes, ce que font pourtant les auteurs de la revue 4. Par ailleurs, l’aspirine est un anti inflammatoire avec des effets anticoagulants bien connus. Chez des patients âgés, comme le sont majoritairement les personnes atteintes de cancers, cette propriété peut conduire à des infarctus du myocarde potentiellement mortels 5,6, risque auquel s’ajoute celui des saignements graves associés à la prise du médicament. Dans ces conditions, la consommation régulière d’aspirine peut s’avérer plus nocive que bénéfique.

Au vue de l’ensemble des éléments soulignés, il est impossible de conclure quant au bénéfice d’apporte l’utilisation prolongée et à faible dose d’aspirine dans le traitement des cancers. Plus d’études sont nécessaires et d’ici là, la prudence reste de mise quant à ce « nouveau traitement ».

  1. Ouest France. Cancer : Une aspirine par jour augmenterait les chances de survie de 20 %. Lien : https://www.ouest-france.fr/sante/cancer/cancer-une-aspirine-par-jour-augmenterait-les-chances-de-survie-de-20-5996020. Accès le 03/10/2018. 
  2. Elwood PC, et al. Systematic review update of observational studies further supports aspirin role in cancer treatment: Time to share evidence and decision-making with patients? PLoS One. 2018 Sep 25;13(9):e0203957          .
  3. Cleland JGF. Aspirin in the primary prevention of vascular disease. Lancet. 2009; 374: 878.
  4. Cleland JGF. Does aspirin really reduce the risk of colon cancer? Lancet. 2012; 379(9826):1586.

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