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Décryptage du 11 septembre 2018

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Non, nous n’allons pas tous mourir d’infections à Staphylococcus epidermidis

Plusieurs médias dont l’Obs et LCI ont repris une dépêche de l’AFP s’inquiétant de la diffusion d’une souche de staphylocoque (de l’espèce Staphylococcus epidermidis) qui serait mortelle et intraitable avec les antibiotiques connus.

Dans les faits, S. epidermidis fait partie des bactéries les plus résistantes aux antibiotiques. Néanmoins, en analysant l’article originel en détail1, on constate que les chercheurs ont testé sur la bactérie un faible nombre d’antibiotiques. D’autres molécules actuellement disponibles sur le marché auraient pu être testées sur les souches, par exemple la pristinamycine ou la tobramycine. Sans les résultats de ces tests, il est donc faux de dire qu’aucun médicament actuellement sur le marché ne peut traiter ces infections. Dans nos hôpitaux, la résistance des souches de S. epidermidis aux antibiotiques clefs pour le traitement des patients reste globalement faible et stable depuis 2014 (Figure 1).

Rappelons ici que cette bactérie est naturellement présente sur la peau de l’Homme et ne présente en temps normal pas de danger.

Figure 1. Evolution hebdomadaire du pourcentage de résistance des souches de Staphylococcus epidermidis à isolées à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille sur la période 2014-2018: (A) à la rifampicine, (B) à la teicoplanine, (C) à l’acide fusidique et (D) à la vancomycine.

 

(1) Lee JYH, et al. Global spread of three multidrug-resistant lineages of Staphylococcus epidermidis. Nat Microbiol. 2018 Sep. 1-11.


L’apport du LSD dans le sevrage des fumeurs reste à démontrer

20 Minutes, citant les Echos, rapporte le 4 septembre 2018 que le LSD pourrait aider les fumeurs à se sevrer de la cigarette.

On remarquera déjà que le travail scientifique à la source de cette affirmation porte sur la psilocybine (principe actif de certains champignons hallucinogènes) et non sur le diéthylamide de l'acide lysergique (LSD). Ce sont deux substances hallucinogènes bien distinctes. L’article de 20 Minutes, dans son chapeau, les assimile erronément.

Surtout, ces articles reposent sur une étude pilote menée entre 2009 et 2015 par l’équipe du Professeur Matthew W. Johnson de l’Université John Hopkins2. Cette étude a été menée sur 15 fumeurs réguliers à qui ont été administrées des doses de psilocybine. Portant sur un échantillon de taille très réduite, ne comportant pas de groupes témoins, cette étude est bien trop restreinte pour que des conclusions scientifiques en soient tirées.

Cet article de 20 Minutes, en plus de commettre des erreurs grossières dans les faits, repose donc sur des conclusions abusives.

(2) Johnson MW et al. Long-term follow-up of psilocybin-facilitated smoking cessation, American Journal Of Drug And Alcohol Abuse, Volume: 43  Issue: 1  Pages: 55-60, 2017


Consommation d’alcool, mortalité mondiale et risque pour la santé

Depuis sa parution le 23 Août dernier dans le journal The Lancet, l’étude du Global Burden of Disease sur l’impact de l’alcool sur la santé humaine3 a fait couler beaucoup d’encre dans la presse. Parmi les articles produits, deux de FranceInfo et LCI précisent qu’un consommateur d’alcool sur trois meurt chaque année de problèmes de santé liés à l’alcool.  

En reprenant les données de l’article scientifique 3, les auteurs estiment qu’en 2016 il y avait 2,4 milliards de consommateurs réguliers d’alcool et que l’alcool avait été à l’origine de 2,8 millions de décès. Or, si l’on compare le ratio obtenu en divisant 2,8 millions par 2,4 milliards, on obtient un ratio d’environ 1 pour 1000… soit bien en deçà des estimations relayées par les deux journaux! 

(3) GBD 2016 Alcohol Collaborators. Alcohol use and burden for 195 countries and territories, 1990-2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. Lancet. 2018 Aug 23.


La dengue en France en 2018: ce sont tous des cas importés !

Le journal Sud-Ouest a récemment publié un article titrant que 4 cas de dengue ont été identifiés en France entre juin et juillet dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Aucun détail n’est donné quant à l’origine géographique des infections, laissant planer le doute quant à l’implantation du virus en France Métropolitaine.

Les dernières données de Santé Publique France sur le sujet4 nefont état d’aucun cas de dengue autochtone identifié en France Métropolitaine entre le 1er mai 2018 et le 31 août 2018.

Il n’y a donc pas d’implantation du virus en France Métropolitaine en 2018. Cette information cruciale aurait du être mentionnée dans l’article du journal Sud-Ouest.

(4) Santé Publique France. Chikungunya, dengue et zika - Données de la surveillance renforcée en France métropolitaine en 2018. Lien : invs.santepubliquefrance.fr/Dossiers-thematiques/Maladies-infectieuses/Maladies-a-transmission-vectorielle/Chikungunya/Donnees-epidemiologiques/France-metropolitaine/Chikungunya-dengue-et-zika-Donnees-de-la-surveillance-renforcee-en-France-metropolitaine-en-2018. Accès le 07/09/2018.


Gale, infections à chlamydias et gonocoques, scorbut, choléra : des maladies « moyenâgeuses » ?

Un article du Dauphiné, repris largement depuis, titrait le 2 Septembre « Le retour des maladies moyenâgeuses ». Au-delà de la mauvaise utilisation du  qualificatif « moyenâgeux », connoté négativement et auquel les historiens préféreront l’adjectif « médiéval », il ne faut pas remonter au Moyen-âge pour retrouver la trace de ces maladies.

Si la gale connaît une recrudescence depuis 20095, elle a toujours été présente en France. De même que les infections à gonocoques et chlamydia, dont on ne connaît pas l’incidence au Moyen-âge mais qui sous la 3ème République ont été l’objet de plans de lutte d’ampleur. L’incidence du scorbut n’a aujourd’hui plus rien à voir avec celle du Moyen-âge, touchant aujourd’hui principalement les populations les plus précaires. Quand au choléra, il n’existait pas en Europe et en Afrique au Moyen-âge et a frappé régulièrement l’Algérie tout au long du XXème siècle.

(5) Slade DJ, et al. L’épidémiologie de la gale en France métropolitaine de 2000–2014 : accélération de la recrudescence à partir de 2009, Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique, Volume 64, Supplement 6, December 2016, Pages S302-S303.


Des virus dans les aéroports ?

Une étude publiée dans le journal BMC Infectious Diseases6 a été depuis reprise par plusieurs medias francophones (RTBF, Ouest-France, FranceInfo…). Tous s’inquiètent de la présence de virus (rhinovirus, coronavirus, adenovirus, influenza A) sur plusieurs surfaces régulièrement touchées par les passagers (bacs en plastique, terminaux de paiement,...) dans les aéroports.
L’étude en elle-même est intéressante. Il faut néanmoins rappeler que, d’une part, la méthode employée par les chercheurs (PCR en temps réel) permet de détecter les acides nucléiques des virus dans un prélèvement, ce qui ne signifie pas que ces virus sont toujours pathogènes. De plus, la faible quantité d’échantillons testés (9 positifs sur 90 prélèvements au total) ne permet pas de tirer des conclusions statistiques définitives, encore moins des recommandations de santé publique.

(6) Ikonen N, et al. Deposition of respiratory virus pathogens on frequently touched surfaces at airports, BMC Infectious Diseases, 2018, 18:437.


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