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Pôle hospitalier

Vaccin contre le papillomavirus humain et vaccination universelle

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03 Juillet 2018

Les papillomavirus humains sont des virus à ADN regroupant plus de 200 génotypes capables d’infecter les cellules de la peau et des muqueuses chez l’Homme 1.  Leur transmission s’effectue principalement lors de contacts physiques entre individus infectés ou non 1. On estime que la plupart des êtres humains sont ou seront infectés au moins une fois dans leur vie par un papillomavirus humain 2 et qu’une même personne peut être porteuse de plusieurs génotypes de papillomavirus humains en même temps ou successivement 1. D’autre part, ces virus sont connus comme étant la première cause virale de maladie sexuellement transmissible dans le monde 3. Dans la grande majorité des cas, ces infections sont asymptomatiques et n’occasionnent aucune gêne chez les personnes infectées. En effet, l’infection est généralement rapidement contrôlée et éliminée par le système immunitaire 4. Dans le cas contraire, elles sont la plupart du temps à l’origine de manifestations cliniques non sévères telles que des papillomes bénins ou des verrues 1-6. Cependant, si ces infections sont causées par des génotypes oncogéniques (génotypes 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58 et 59 1), elles peuvent être à l’origine de cancers chez les femmes et les hommes. Ainsi, on estime que ces génotypes sont à l’origine de près de 100% des cancers du col de l’utérus, 88% des cancers annaux, 78% des cancers du vagin, 51% des cancers du pénis et 43% des cancers de la vulve 7. En 2017, l’exploitation des données du projet GLOBOCAN 2012 (projet ayant pour but d’estimer, sur la base de données nationales produites par 184 pays, l’incidence, la prévalence et la mortalité attribuable aux principaux types de cancer 8) par de Martel et al. 9 a permis d’évaluer à près de 630 000 le nombre de nouveaux cas de cancer causés par les papillomavirus humains oncogéniques dans le monde (4,5% de l’ensemble des cancers observés en 2012) dont ≈570 000 chez les femmes et ≈60 000 chez les hommes. Plus récemment, les travaux de Shield et al. 10 ont permis d’identifier que les papillomavirus humains étaient la première cause infectieuse de cancer en France en 2015 avec près de 6 300 cas de nouveaux cancers estimés causés par ces virus sur l’année (soit 1,8% de l’ensemble des 352 000 cas de cancers observés à l’échelle nationale en 2015) aussi bien chez les femmes (4 580 nouveaux cancers) que chez les hommes (1 753 nouveaux cancers).

À l’origine, les principaux génotypes oncogéniques de papillomavirus humain (les génotypes 16 et 18) ont été identifiés à partir de biopsies de cancer de l’utérus ce qui a rapidement permis de découvrir le lien de cause à effet entre les infections causées par les génotypes 16 et 18 et ces types de cancer 11 ainsi que de mettre au point des vaccins très efficaces 12 et sans effets indésirables majeurs 13 actuellementinclus dans le schéma vaccinal de 80 pays dans le monde (Figure 1). De ce fait, le lien historique entre certains génotypes et les cancers du col de l’utérus ont amené la plupart de ces pays à mettre en place des stratégies de vaccination ciblés vers les femmes 14.

 Ceci est notamment le cas de la France où les recommandations vaccinales relatives au papillomavirus humain ont initialement ciblé les jeunes filles (dès 2007) avant d’être élargies aux personnes immunodéprimées (2012) puis aux jeunes hommes homosexuels de moins de 26 ans (2016) 2,15. Cependant, au vue des estimations de Shield et al. 10 , il semble selon nous que les recommandations nationales en la matière souffrent d’importantes limites quipourraient être comblées par l’adoption de la vaccination universelle, c-a-d. l’extension de la vaccination contre le papillomavirus humain à l’ensemble des hommes 16 dans un contexte de faible couverture nationale chez les jeunes filles (moins de 20%) 17. Plusieurs pays incluant le Canada, l’Australie, les Etats-Unis ou l’Autriche ont adopté une telle mesure avec des résultats remarquables chez les hommes 18,19. Pourquoi pas la France ?

 

Dr Cédric ABAT

Épidémiologiste à l'IHU Méditerranée Infection

 

           

 

Références

1                 Schiffman M, Doorbar J, Wentzensen N, de Sanjosé S, Fakhry C, et al. Carcinogenic human papillomavirus infection. Nat Rev Dis Prim. 2016;2:16086.

2                 Haut Conseil de Santé Publique. Vaccination des garçons contre les infections à papillomavirus 2016 [Internet]. Lien : http://www.hcsp.fr/Explore.cgi/Telecharger?Nom

Fichier=hcspr20160219_recovaccinfhpvhommes.pdf. Accès le 27/06/2018.

3          Forman D, de Martel C, Lacey C, Soerjomataram I, Lortet-Tieulent J et al. Global burden of human papillomavirus and related diseases. Vaccine 2012; 30S:F12–3.

4                 Rodríguez AC, Schiffman M, Herrero R, Wacholder S, Hildesheim A, et al. Rapid clearance of human papillomavirus and implications for clinical focus on persistent infections. J Natl Cancer Inst. 2008 Apr 2;100(7):513-7.

5                 de Sanjosé S, Brotons M, Pavon MA. The natural history of human papillomavirus infection. Best Pract Res Clin Obstet Gynaecol. 2017;47:2–13.

6                 Garland SM, Kjaer SK, Muñoz N, Block SL, Brown DR et al. Impact and Effectiveness of the Quadrivalent Human Papillomavirus Vaccine: A Systematic Review of 10 Years of Real-world Experience. Clin Infect Dis. 2016 Aug 15;63(4):519-27.

7                 Plummer M, de Martel C, Vignat J, Ferlay J, Bray F, et al. Global burden of cancers attributable to infections in 2012: a synthetic analysis. Lancet Glob Health. 2016;4:e609–16.

8                 The GLOBOCAN project. GLOBOCAN 2012: Estimated cancer incidence, mortality and prevalence worldwide in 2012 [Internet]. Lien: http://globocan.iarc.fr/Default.aspx. Accès le 27/06/2018.

9                 de Martel C, Plummer M, Vignat J, Franceschi S. Worldwide burden of cancer attributable to HPV by site, country and HPV type. Int J Cancer. 2017 Aug 15;141(4):664-670.

10             Shield KD, Marant Micallef C, de Martel C, Heard I, Megraud F, et al. New cancer cases in France in 2015 attributable to infectious agents: a systematic review and metaanalysis. Eur J Epidemiol. 2018 Mar;33(3):263-274.

11             Pincock S. Virologist wins Nobel for cervical cancer discovery. Lancet. 2008;372:1374.

12             Harper DM, DeMars LR. HPV vaccines - A review of the first decade. Gynecol Oncol. 2017 Jul;146(1):196-204.

13             Brotherton JML, Bloem PN. Population-based HPV vaccination programmes are safe and effective: 2017 update and the impetus for achieving better global coverage. Best Pract Res Clin Obstet Gynaecol. 2018 Feb;47:42-58.

14             Organisation Mondiale de la Santé. Vaccins contre les papillomavirus humains: note de synthèse de l’OMS, mai 2017 [Internet]. Lien : http://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/255354/WER9219-241-268.pdf. Accès le 27/06/2018.

15             Ministère des Solidarités et de la Santé. Calendrier des vaccinations et recommandations vaccinales 2018 [Internet]. Lien : http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/calendrier_vaccinations_2018.pdf. Accès le 27/06/2018.

16             Abat C, Raoult D. Human papillomavirus vaccine: Urgent need to promote gender parity. European Journal of Epidemiology (2018) 33:259–261.

17             Lefèvre H, Moro MR, Lachal J. The New HPV Vaccination Policy in France. N Engl J Med. 2018 Mar 22;378(12):1160.

18             Chow EPF, Machalek DA, Tabrizi SN, Danielewski JA, Fehler G, et al. Quadrivalent vaccine-targeted human papillomavirus genotypes in heterosexual men after the Australian female human papillomavirus vaccination programme: a retrospective observational study. Lancet Infect Dis. 2017 Jan;17(1):68-77. doi: 10.1016/S1473-3099(16)30116-5.

19             Pillsbury AJ, Quinn HE, Evans TD, McIntyre PB, Brotherton JML. Population-Level Herd Protection of Males From a Female Human Papillomavirus Vaccination Program: Evidence from Australian Serosurveillance. Clin Infect Dis. 2017 Sep 1;65(5):827-832.

 

Figure 1. Carte des pays ayant inclus la vaccination contre le papillomavirus humain dans leur stratégie vaccinale nationale, 2018.

Cette carte a été produite par l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle est disponible en suivant le lien ci-après : http://www.who.int/immunization/monitoring_surveillance/VaccineIntroStatus.pptx

 


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