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Pôle hospitalier

Est-il vraiment nécessaire de rendre la vaccination obligatoire?

22 Juin 2018

Fin Octobre 2017, le gouvernement français a promulgué une loi rendant obligatoire la vaccination des enfants nés en France après le 1er Janvier 2018 contre 11 pathogènes incluant le tétanos, la diphtérie, la coqueluche, Haemophilus influenzae, le pneumocoque, le méningocoque, la poliomyélite, la rougeole, les oreillons, la rubéole et l'hépatite B. Avant 2018, seuls 3 vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite étaient obligatoires chez les enfants partout sur le territoire national, à l'exception de la Guyane pour laquelle le vaccin contre la fièvre jaune chez les enfants était aussi obligatoire. Les 8 autres vaccins n'étaient alors que recommandés, laissant ainsi aux parents le soin de décider si leurs enfants devaient être vaccinés contre davantage de pathogènes. Depuis, la donne a changé et il est maintenant obligatoire pour les parents de faire vacciner leurs enfants contre ces 11 agents infectieux.

          Dernièrement, plusieurs publications parues dans les prestigieux journaux scientifiques Science et Nature ont questionné l'intérêt de l'obligation vaccinale en France 1,2 à l'heure même où notre pays connaît une montée en puissance de réticence et de rejet de la vaccination par la population générale 3-5. Dans ce contexte, il est raisonnable de se demander si l'obligation vaccinale trouve encore sa place dans notre société et ce pour plusieurs raisons. Premièrement, l'analyse des stratégies vaccinales appliquées dans les 31 pays européens de la zone couverte par l'European Center for Disease Control and Prevention (Centre Européen pour le Contrôle et la Prévention des Maladies) permet de mettre en évidence que seuls 11 de ces pays ont actuellement recours à l'obligation vaccinale, 8 de ces pays se trouvant en Europe de l'Est 6. Par ailleurs, aux États-Unis, au Canada et en Australie, il n'y a pas de loi fédérale obligeant à la vaccination et la décision est laissée aux États et Provinces d'en user ou non. Dans un deuxième temps, le recours à la vaccination obligatoire implique que la population à vacciner ne puisse se soustraire à cet acte médical qu'en cas de contre-indications provisoires ou définitives 7. Dès lors, la vaccination n'est plus le résultat d'une démarche personnelle où les risques sont évalués et acceptés par les volontaires. Avec l'obligation, elle devient de fait un acte médical imposé pour lequel tout doute quant à son innocuité engage directement la responsabilité de l'État. Cet élément est particulièrement à prendre en compte lorsque l'on sait que dans le cadre de l'obligation vaccinale il est demandé à une personne en bonne santé de recevoir un germe ou une partie d'un germe qui peut le rendre malade sans savoir si cette personne aurait été ou non un jour en contact avec l'agent infectieux contre lequel le vaccin doit la protéger. Par ailleurs, il est important de noter ici que la vaccination, en tant qu'acte médical agressif, se doit d'être expliqué et accepté par la population cible afin d'éviter tout effet nocebo et ses conséquences sur la santé des personnes vaccinées, à l'heure même où le circuit cortico-spinal associé aux douleurs induites par l'effet nocebo a été identifié 8. Enfin, il est intéressant de constater que les couvertures vaccinales des vaccins ciblant les 8 pathogènes susmentionnés chez les jeunes enfants n'ont fait qu'augmenter ou se maintenir au dessus de 95% au cours des dernières années et ce bien que n'étant pas encore soumis à obligation vaccinale 9.

         Parmi les meilleurs exemples de cette tendance se retrouvent le vaccin ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole) 2 doses, le vaccin contre le méningocoque C et celui contre l'hépatite B. Dans le cas du vaccin ROR, le schéma vaccinal initial établi dans les années 1980 ne comprenait qu'une seule injection. Avec le recul, il s'est avéré que la protection offerte par ce schéma vaccinal ne permettait pas de garantir que toute personne vaccinée était efficacement protégée contre les trois agents infectieux d'où la nécessité de revacciner les personnes ayant déjà reçu une première dose de vaccin, une décision prise en 2010 10. Depuis, la couverture vaccinale ROR 2 doses n'a cessé d'augmenter pour atteindre en 2016 80,1% malgré le fait qu'il n'était que recommandé 9. Concernant le vaccin contre le méningocoque C, le choix de l'État de ne promouvoir que la vaccination contre le méningocoque de sérogroupe C plutôt qu'une couverture élargie à plus de sérogroupes est la conséquence directe de l'épisode épidémique français qui a commencé au début du XXIième siècle et dont le paroxysme fut l'année 2002 au cours de laquelle près de 250 cas d'infections invasives à méningocoque furent déclarés aux instances nationales de santé publique 11. Malgré cela, et si l'on s'en tient aux chiffres de couverture vaccinale du méningocoque C, il est intéressant de constater que la couverture vaccinale des jeunes enfants à ce vaccin n'a fait qu'augmenter depuis le début de sa recommandation en France en 2011 pour atteindre 70% en 2016 alors qu'il n'était pas obligatoire entre 2011 et 2016 9. Enfin, si l'on analyse la situation concernant le vaccin de l'hépatite B, il s'agit du seul vaccin intégré dans le calendrier vaccinal français avant les années 2000 pour lequel la couverture vaccinale chez les jeunes enfants est demeurée inférieure à 90% jusqu'en 2016 9. En cause, des rumeurs sans fondement solide prétendant que le vaccin de l'hépatite B serait à l'origine de nouveaux cas ou de rechutes de scléroses en plaques 3,12. En dépit de ce fait, et bien que ce vaccin n'ait lui non plus pas été rendu obligatoire avant 2018, la couverture vaccinale pour le vaccin de l'hépatite B chez les jeunes enfants a finalement atteint 90% en 2016 9.

         Au vue de l'ensemble de ces éléments, et face à la méfiance et au rejet d'une part croissante de la population française vis-à-vis de la vaccination, nous conseillons aux instances nationales de santé publique de réévaluer l'intérêt de l'obligation vaccinale dans le contexte nationale actuel et de laisser aux médecins le soin de recommander les vaccins au cas par cas aux parents.

 

M. Cédric ABAT, Docteur d’Université en Pathologie Humaine Maladies Infectieuses

Épidémiologiste à l'IHU Méditerranée Infection

 

Références

1         Ward JK, Colgrove J, Verger P. France’s risky vaccine mandates. Science (80- ) 2017; 358: 458.2–459.

2         Anonym. Laws are not the only way to boost immunization. Nature 2018; 553: 249–50.

3         Ward JK, Colgrove J, Verger P. Why France is making eight new vaccines mandatory. Vaccine 2018; 36: 1801–3.

4         Nature. Trend Watch [Internet]. Lien: https://www.nature.com/articles/d41586-017-08944-5. Accès le 22/06/2018.

5          Larson HJ, de Figueiredo A, Xiahong Z, Schulz WS, Verger P, et al. The State of        Vaccine Confidence 2016: Global Insights Through a 67-Country Survey.             EBioMedicine 2016;12:295-301.

6         ECDC. Vaccine Scheduler: Vaccine schedules in all countries of the European Union [Internet]. Lien: https://vaccine-schedule.ecdc.europa.eu/. Accès le 22/06/2018.

7.        Vaccination Info Service. Contre-indications à la vaccination [Internet]. Lien: http://vaccination-info-service.fr/Questions-frequentes/Questions-pratiques/Contre-indications-a-la-vaccination. Accès le 26/04/2018.

8.        Colloca L. Nocebo effects can make you feel pain. Science 2017; 358: 44–44.

9.        Institut National de Veille Sanitaire. Synthèse des couvertures vaccinales chez les enfants de 2 ans [Internet]. Lien: http://invs.santepubliquefrance.fr/Dossiers-thematiques/Maladies-infectieuses/Maladies-a-prevention-vaccinale/Couverture-vaccinale/Donnees/Synthese-des-couvertures-vaccinales-chez-l-enfant-de-2-ans. Accès le 26/04/2018.

10.      Santé Publique France. Questions-réponses sur la vaccination- Rougeole-Oreillons-Rubéole [Internet]. Lien: http://inpes.santepubliquefrance.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1174.pdf. Accès le 26/04/2018.

11.      Haut Conseil de Santé Publique. Vaccination par le vaccin conjugue contre le méningocoque de sérogroupe C [Internet]. Lien: https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=71. Accès le 26/04/2018.

12.      Organisation Mondiale de la Santé. Vaccin contre l’hépatite B et sclérose en plaques [Internet]. Lien: http://www.who.int/vaccine_safety/committee/topics/hepatitisb/multiple_sclerosis/Jun_2002/fr/. Accès le 26/04/2018.


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